Attentifs ensemble
Carolina Ariza, Maya Benkelaya, Gaëlle Boucand, Chloé Dugit-Gros, Julie Genelin, Noa Giniger, Florence Girardeau, Amande In, Céline Lachkar, Alexandrine Leclère, Diana Levin, Estefanía Peñafiel, Émilie Pitoiset, Renaud Regnery, Louma Salamé

vernissage le jeudi 9 février dès 18 heures

exposition ouverte du 10 février au 18 mars 2006
du mercredi au samedi de 15 à 19 heures
et sur rendez-vous

 

La première exposition de l'année 2006 est, une fois n'est pas coutume, issue d'une proposition extérieure. Il s'agit d'un projet conçu par un groupe d'artistes qui ont suivi le séminaire Introduction à l'exposition dirigé par Christian Bernard à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (Ensba) en 2004-2005. Ces jeunes artistes ont décidé de prolonger ce séminaire par la réalisation d'une exposition dans une structure professionnelle. Suite à une série de discussions avec Christian Bernard, par ailleurs directeur du Mamco de Genève, et motivés par la découverte des travaux de ces artistes en devenir, nous avons décidé d'accueillir ce projet. Le titre de cette exposition, Attentifs ensemble, qui reprend un slogan sécuritaire de la RATP, rassemble quinze jeunes artistes de sept nationalités différentes, qui travaillent ensemble à la production d'un espace de réflexion commun, axé autour de l'attention portée à notre environnement immédiat, tant social, culturel que politique. (JPF & OK)

réunion de travail, le 4.02.06

Le sentiment d'insécurité qui marque notre condition d'humains post-modernes mondialisés engendre une multiplication des procédures de contrôle de l'espace public comme de la vie privée. Le risque terroriste a par exemple conduit la Régie des Transports parisiens à inviter ses usagers à être "attentifs ensemble". Il y aurait beaucoup à dire sur cette formule qui évoque une menace sans la nommer et suggère un comportement collectif d'attention diffuse, sans objet précis. Qu'est-ce qu'une attention à ce qu'on ignore ?
C'est peut-être de ce type paradoxal d'attention au monde que procède l'activité artistique. C'est sans doute celle qu'elle requiert pour être saisie. Et c'est pourquoi les très jeunes artistes réunis dans cette exposition ont choisi de la placer sous cette injonction qui ne dit pas son nom. Exposer, c'est d'abord faire acte d'attention au lieu et aux relations que l'on suscite entre les objets assemblés. Exposer, c'est créer symétriquement chez les regardeurs les conditions d'une attention spécifique, individuelle, collective et éventuellement commune. Une œuvre accomplie relève toujours d'un art de l'attention, et déjà de l'attention à soi, autrement dit du soin, du souci de soi dont elle témoigne. Et les œuvres souffrent continûment du peu d'attention qui leur est généralement accordée. L'événement de la rencontre tient dans la réciprocité de ces deux attentions.
On voudrait évidemment espérer cet événement pour les travaux des artistes de cette exposition. Artistes débutants, fraîchement issus de l'École des Beaux-arts de Paris, et que ne réunit que le fait d'avoir pris part ensemble au séminaire que j'y animais. Ce séminaire consistait en une suite d'exercices visant à faire produire par chaque élève une dizaine de travaux selon autant de protocoles. S'il fallait résumer en un bref statement le propos de ces exercices très contraignants, je dirais qu'il s'agissait d'autant de tentatives de déprise de soi. Ou, si l'on préfère, d'apprendre à répondre à une intimation extérieure à partir de l'idée que ces apprentis artistes se faisaient de l'os qu'ils se donnaient pour tâche de mettre à nu au nom de l'art. Rien de plus désécurisant en vérité, rien de plus émancipant aussi. Le risque éthique et symbolique que court celui qui propose d'ajouter un objet à tous les objets du monde est incommensurable. Cela n'empêche pas les œuvres de s'amonceler en pure perte. Mais cela devrait inciter les regardeurs à prendre la mesure du péril auquel consentent ceux qui s'autorisent à en tenter l'aventure. (Christian Bernard, 11 janvier 2006)