Récit performatif de Hans Peter Litscher

L’adoration des mages selon Marcel
ou quelques considérations sur les corrélations entre l’art et le fromage

vendredi 5 octobre 2007 à 20 heures

Depuis ma première rencontre fortuite, fin mai 1968, sur les bords du lac de Lucerne, avec ce roi mage au sourire malicieux, ce mystérieux joueur d’échec qui s’appelait Marcel, se disait « marchand de fromage » et avec qui j’avais fait alors une excursion extravagante, en Volkswagen vert pâle, dans l’Emmental voisin, je tente d’élucider cette question fondamentale : quel lien énigmatique existe-t-il entre images, plumages, ramages et fromages ?

Cet automne, à attitudes, je tenterai d’y répondre pour la première fois de vive voix en public. Dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert fait noter à Bouvard et Pécuchet, en guise de définition du mot « fromage » : citer l’aphorisme de Brillat-Savarin, « un dîner sans fromage est une belle à qui il manque un oeil ».



Hans Peter Litscher (photo : Steeve Iuncker)

Depuis des années, j’explore le domaine de l’art par ses marges : les victimes de l’art (Victims of Esthetic Echoes) dans ma conférence Kunst kann ins Auge gehen donnée à la Fondation Cartier à Paris et à la Haus der Kunst à Munich, le patinage artistique avec Gaston Seelbach, le règlement de trafic et l’art de la danse avec Laura Wolff, le cyclisme artistique avec Wanda Tura, ainsi que les arts martiaux avec Eleonora Duse et son Kangourou Boxeur. En me penchant sur l’art et le fromage, je pense enfin pouvoir aborder une question centrale concernant cette réflexion sur l’art, celle de la fabrication, du procédé alchimique artistique même.

Car si certains des plus grands créateurs du XXe siècle (ne citons ici que James Joyce ou Marcel Duchamp) sont toujours restés particulièrement énigmatiques sur leur travail artistique, ils ont néanmoins dévoilé, à moult reprises, leurs rapports privilégiés et leurs passions pour le fromage, sa fabrication et sa consommation.

Hans Peter Litscher (CH, 1955, basé à Paris)