Wayn Traub
une collaboration entre la Bâtie, festival de Genève et attitudes

orientation générale du travail de Wayn Traub

Depuis 1988, Wayn Traub est actif sur le plan artistique. Ses œuvres prennent la forme d'installations vidéo, d'objets tridimensionnels, de journaux visuels ou de peinture. Dès 1995, il s'est surtout dirigé vers les arts plastiques et le théâtre. Il met de côté sa formation classique en ballet et en cinéma, et lors de sa licence en histoire de l'art à la Sorbonne (Paris), il rédige un manifeste personnel sur son œuvre artistique dans le futur et sur ses choix de vie. Les mots-clé de ce manifeste sont: l'animalité, la féminité et la combativité.

Wayn Traub part toujours de l'idée que l'homme - à la recherche d'un équilibre personnel - a un désir permanent d'une forme d'animalité. La société hyper rationnelle et matérialiste occidentale a cependant profondément opprimé l'animal dans chacun de nous. Donc, plus d'art réfléchi, raisonné ou analysé, mais un acte créatif qui réveille les sentiments instinctifs de l'homme. En plus, Wayn Traub pense ainsi pouvoir retourner à une forme mystique de l'art, vers le théâtre comme une forme de rituel de transition. Afin de réaliser ce rituel, il part de ses propres expérien-ces, les codes et le langage contemporain, mélangés d'éléments typiques et inhérents à la civilisation européenne. Dans ce mélange de tradition et de progrès, d'ancien et de nouveau, commence sa randonnée vers une nouvelle raison d'être personnelle.
Depuis 1997, Wayn Traub réalise des écussons en fourrure. Selon lui, les écussons représentent ce que l'art devrait à nouveau devenir: un moyen de combat pour attaquer et pour se défendre et un symbole qui peut se référer à son créateur. L'art c'est la bataille mais aussi la consolation, car dans son œuvre, il y a un dualisme. Wayn Traub fabrique des écussons, des épées, des souricières… mais il réalise ces objets en fourrure pour qu'ils deviennent inoffensifs. Ils ne peuvent pas blesser et demandent au contraire d'être caressés. Des fusils en plastique sont remplis de bonbons. Le combat et les coups deviennent un symbole et un but, la consolation et l'onction deviennent l'émotion et le résultat. Obtenir la purification par la destruction.

Dans son désir d'animalité, il se sert consciemment de la fourrure. Wayn Traub a une obsession aussi grande envers les animaux qu'envers les armes. Pour lui, les animaux sont égaux aux dieux et il veut donc les élever à ce niveau et leur rendre leur dignité afin de rétablir leur nature originelle, mythique, sauvage et incontrôlable. Ceci n'est cependant pas un point de départ écologique. Wayn Traub croit que l'homme ne peut atteindre sa propre animalité que s'il parvient à accepter celle des autres êtres. L'homme doit redevenir un animal-penseur et c'est pour cela que Wayn Traub essaye d'une manière agressive et impitoyable de s'adresser à l'animal dans chacun de nous.

Dans sa recherche de l'animalité (l'animal), il se heurte toujours aux femmes. La femme n'est pas seulement un idéal esthétique mais elle est aussi son plus grand cauchemar. Elle est animale et incontrôlable mais il la désire comme sa mère. Salomé est dans les environs et Wayn Traub sent en lui Hérode et saint Jean-Baptiste réunis. Sa consolation consiste en la redécouverte et la libéralisation de la femme en lui-même.

Enfin, Wayn Traub choisit dans sa relation envers l'art et la vie, une attitude de deuil. Revêtu de noir, l'homme doit être capable de laisser le passé derrière lui, détruire tout ce qui est valable afin de pouvoir recommencer de zéro. De cette façon ce besoin rituel de l'homme est satisfait. Le deuil est le mot clé et non interchangeable, car on ne peut pas porter le deuil pour une chose que l'on aime. La destruction ne devient pas une démolition vaine mais un acte de courage et de repêchage, et crée l'espoir d'une renaissance. Le deuil est une attitude saine qui doit être évoquée d'une façon permanente, car c'est ainsi que la mort reste perceptible et que la vie peut être dégustée. C'est dans ce cadre qu'il faut voir son action au SMAK (Musée d'art moderne à Gand). Lors de la cérémonie d'ouverture de ce nouveau musée, Wayn Traub a exposé sans annonce. Vingt-cinq personnes vêtues de noir ont porté ses écussons sur le dos. Une perfor-mance en deuil pour tout art de musée condamné à la mort. Wayn a poursuivi cette action jour par jour pendant une heure et ce pendant neuf mois. Ceci comme preuve de son engagement envers l'art et le SMAK. Entre temps, tous les écussons ont été exposés d'une façon permanente au Vooruit (Gand). Le concept de l'exposition illégale non annoncée a encore été répété lors de ses actions "slip": Wayn Traub choisit une ville (lorsqu'il y joue une pièce) et recouvre la tête des statues de cette ville d'un slip: humiliation et séduction, attaque et embrassade, oindre et frapper…

Au festival Victoria en avril 1999, il y a eu la première de la pièce Beasts de Wayn Traub. Accompagné de 25 chats, il a réalisé une performance dans laquelle Michael Jackson jouait un rôle important et dans laquelle il a pu tester pour la première fois son manifeste sur scène. Cette production Victoria était un grand succès. La collaboration avec Victoria se poursuit dans la réalisation d'un certain nombre de projets comme par exemple deux projets de théâtre (Wayn Wash et Wayn Storm), un film et un projet d'exposition (fortement lié au théâtre). Entre temps, il réalise la partie vidéo de la production internationale de Kung Fu pour le compte de Victoria.

Au cours de la saison 2000-2001, Wayn Traub réalise 7 Mise-en-Traub: des pièces de théâtre avec, à chaque représentation, d'autres acteurs autour d'un des thèmes de son manifeste et en préparation de sa grande production prochaine Wayn Wash. Grâce à ces représentations, Wayn a percé dans le monde du théâtre et son style est dès à présent reconnu et apprécié: un genre de représentations musicales, mises en scène autour des sentiments et des angoisses les plus refoulées, le travail avec des acteurs professionnels à côté d'acteurs amateurs, le travail avec la personnalité et les côtés faibles des acteurs dans le but d'aboutir ainsi à une purification ou une confession. Sa stratégie personnelle a aussi été développée de façon claire: partir de la musique et de textes propres comme fil rouge dans chaque acte théâtral. C'est ainsi qu'il a la réputation d'être un producteur de théâtre provocateur et anti-classique. Wayn Traub préfère la dénomina-tion "théâtre rituel ayant une mission humaine".

A l'occasion d'Amsterdam 2002, il conçoit un char d'assaut sponsorisé, un thème (la guerre sponsorisée) qu'il développe à partir de 2000. La représentation de Wayn Storm en est la première élaboration. Des œuvres d'art plastique qui y sont reliées seront exposées en même temps. Pour Wayn Traub, cette pièce de théâtre est le point de départ définitif d'une guerre sponsorisée contre le capitalisme, l'art, la guerre médiatisée et le sponsoring en général. Les chaussures de combat ont des insignes Nike, les armes sont décorées de sponsors, les acteurs entrent en scène avec des uniformes de soldats sponsorisés.

Wayn Storm est le début de la guerre sponsorisée de Wayn Traub. Les uniformes sponsorisés, les armes, les chaussures de combat, les écussons et les véhicules militaires sont mis en jeu et placés à des endroits stratégiques, tels que les musées, les grandes places, les salles d'exposition, la rue et le théâtre. La guerre sponsorisée est baptisée Wayn Storm et elle a débuté sous la forme d'une production de théâtre au festival Time le 26 août 2000. Pour l'an 2001, le premier char d'assaut doit avoir atteint les lignes du front.
Wayn Storm est cependant plus qu'une déclaration de guerre. C'est surtout le premier test pratique du manifeste de l'animalité de Wayn Traub. La recherche de l'animal et du rite à l'intérieur de l'homme a été élaborée d'une façon personnelle. Ainsi Wayn Traub voit cette pièce surtout comme un rite personnel, un rite de transition vers une nouvelle phase dans sa vie. C'est son point de départ. Chaque représentation doit contenir une transition, en premier lieu pour lui-même afin qu'il puisse faire ressentir la même chose à son public (essayer de s'approcher de l'universel par le personnel). Se sacrifier, s'exposer et oser se montrer de son côté faible comme tactique ultime. Ouvrir la main au lieu de serrer les poings. Wayn Traub se sert donc de ses propres fantaisies, de ses désirs, de ses rêves érotiques et de femmes idéales pour raconter son histoire. Mais néanmoins il se met en question, doute de ses idéaux et choix, et à la fin, il danse à en mourir.

Wayn Traub veut tout d'abord séduire son public, l'emmener dans son monde et le faire rêver avec lui, afin de pouvoir le punir doublement après. La séduction est le thème principal de cette pièce et il va de soi que la publicité et le sponsoring y cadrent très bien. Le style du montage et de la musique font plus penser à des films publicitaires qui passent à la TV qu'à des films artistiques. Chaque soldat qui entre en scène porte sur ses vêtements les marques connues telles que Marlboro, Coca-Cola, Tigra… Mais, il séduit aussi sur le plan du contenu: assise sur un banc près de la mer, une jeune fille sourit au soldat Wayn, une dame chic séduit son chien tout en lui donnant du Frolic, une jeune fille à la rue parle à Wayn et lui demande du feu pour allumer sa cigarette...
Mais il n'y a pas de séduction sans tromperie, sans déception. Chaque scène finit dans la tromperie. Tout comme la publicité nous fait croire tout plein de choses, le public est continuelle-ment trompé. La femme représente le symbole de la séduction et de la tromperie. Wayn Traub prédit sa propre défaite. La fille sur le banc lui sourit, c'est vrai, mais un peu plus tard on voit qu'elle lui pointe une arme dans le dos.

Finalement c'est aussi le destin de Wayn, le soldat qui veut réaliser ses rêves et se laisser séduire par ses propres idéaux, mais qui, à la fin, doit réaliser que son idéal est irréalisable. Il veut sa propre armée composée des femmes les plus belles et il espère ainsi trouver le bonheur, alors qu'en fait, il doit vendre son âme pour pouvoir posséder cette armée. Le pouvoir et la possession, deux syndromes typiquement humains de son désir de contrôle et de domination, et donc de pouvoir. Wayn est le soldat qui veut se sacrer empereur. L'armée est en outre égale à l'ordre et la discipline, à l'autorité et donc au rationalisme. Dans le théâtre, Wayn Traub traduit ceci par le ballet. Ses soldats entrent en scène, prennent des positions et sortent comme des danseurs de ballet. Tout est stylé dans un langage théâtral forcé, disciplinaire et traditionnel. Le ballet représente ainsi l'ambiguïté de la femme. Elle veut se libérer du comportement possessif de l'homme et préfère rester libre, mais d'autre part, elle fait vraiment tout pour séduire l'homme. Depuis la naissance de l'humanité, la femme est le symbole de l'inaccessible, de l'ambiguïté. L'église et d'autres organisations typiquement viriles et rationnelles ont toujours eu des problè-mes avec la femme, son pouvoir de séduction et sa sexualité. Le théâtre de l'animalité doit tendre ses tabous (la pornographie, la violence, la guerre) et a surtout l'intention de les laisser dans leur "sacrée" beauté inaccessible. Son armée n'existe donc que pour sa propre défaite. Elle forme son propre peloton d'exécution. A la fin il crie "feu" : il a mis en scène sa propre mort… et pourtant tout a commencé par une fille à la rue qui demandait du feu pour sa cigarette. La femme reste inaccessible, le mystère de la vie reste indescriptible, mais elle remplit enfin le rêve ultime de Wayn Traub: mourir en toute beauté et de plein gré.
Ceci n'est pourtant pas une fin triste ou un point de départ négatif, mais c'est la loi de la vie même. La mort n'est donc pas la fin, mais une chance pour la renaissance. La destruction en tant que création. Un rituel de transition vers une nouvelle phase.
Wayn Traub se voit renaître dans les bras d'une mère divine, ici Jane Birkin, une Marie moderne. Ce choix entre en ligne directe avec le théâtre de l'animalité. Se servir du code actuel afin de rendre le rituel lisible. Jane est la Marie moderne et en outre elle nous rappelle inévitablement des "souvenirs" érotiques… Cette mère est donc rituelle: elle est sexy, érotique… mais en même temps elle est la mère, elle est vieille.