Eric Hattan - Entre

vernissage le samedi 28 mai 1994, dès 17 heures

du 28 mai au 3 juillet 1994
du jeudi au dimanche de 16 à 20 heures
et sur rendez-vous

 

Les oeuvres et les interventions d'Eric Hattan entretiennent toujours un lien spécifique avec l'espace dans lequel elles sont présentées. L'artiste prend en effet en compte tant la configuration des lieux que leur histoire, leur pouvoir d'évocation ou leur inscription dans un tissu urbain donné. Ses travaux, in-situ ou réalisés en atelier, se situent de plus aux confins de la sculpture et de l'architecture: l'oeuvre n'est pas simplement intégrée à l'espace, elle l'occupe, le transforme, le transgresse, pour nous en offrir une nouvelle interprétation. Par le titre Entre qu'il donne à son exposition de Chêne-Bougeries, Eric Hattan nous dévoile certaines clefs de lecture de son travail: jeux entre l'intérieur et l'extérieur, le "dedans" et le "dehors" de l'oeuvre, ainsi qu'entre le lieu de l'exposition et la rue. Une façon de nous inviter à une réflexion plus large sur notre environnement quotidien, sur les liens que nous entretenons avec l'espace privé, l'espace voué à l'art ou encore avec l'espace public.

 
Eric Hattan, Les Lits, 1993 - 1994 et Réverbère, 1994
cliquer sur la première image


Dans le grenier, autrefois subdivisé en plusieurs pièces mais transformé depuis en un espace unique, Eric Hattan a installé des lits en respectant l'ancienne disposition des chambres. Celle-ci nous est révélée par les différents de parquets, les traces subsistant au sol des anciennes parois, ainsi que par les divers tapisseries et coloris des peintures recouvrant encore les murs. Tout comme l'artiste, le visiteur peut réinventer sa propre version de l'histoire des anciens occupants. Un tissu orange, soigneusement assemblé et cousu, recouvre - enveloppe même - chaque lit. La couleur vive du tissu évoque celle des habits utilisés par les ouvriers travaillant sur la voie publique, tout en mettant en valeur le lit, élément de mobilier de notre sphère la plus privée.
Dans un angle de ce grenier, la présence discrète d'un tube métallique reliant le plancher au plafond intrigue le visiteur attentif: aurait-il été installé là pour soutenir un toit fragile? Cet élément énigmatique s'affine, traverse le sol et l'étage inférieur - le rez-de-chaussée - pour ne dévoiler sa vraie nature qu'au sous-sol: il s'agit d'un immense réverbère inversé. Détourné de son lieu d'origine et de sa fonction première, cet élément du mobilier urbain gagne en étrangeté en éclairant cette fois-ci tête-bêche l'intérieur de la maison et plus spécifiquement la cave, espace le plus souvent totalement négligé, oublié du public. Traversant les trois étages du bâtiment, il crée également un lien physique entre les différentes interventions de l'artiste.

Eric Hattan, Double face, 1994

Vues de l'extérieur, certaines des ouvertures du rez-de-chaussée (fenêtres et porte) ont été volontairement murées, à l'image d'autres maisons du quartier dont on désire interdire l'entrée avant leur démolition ou transformation. Un clin d'oeil au statut provisoire de l'espace d'exposition lui-même, qui n'aura qu'une durée de vie temporaire. Comme le suggère le titre de cette intervention - Double face -, la salle peut être appréhendée tant de l'extérieur que de l'intérieur, en suivant le parcours imposé par l'artiste. A l'intérieur, l'artiste nous invite à pénétrer dans une salle dont l'accès a été modifié. Les deux portes intérieures sont elles aussi murées, et le visiteur se voit obligé d'y pénétrer en traversant les toilettes, qui deviennent alors un lieu de transit. Cette "violation" d'un espace des plus intimes nous incite à réévaluer les codes, les tabous et toutes les connotations affectives ou psychologiques que nous associons à une simple pièce, à un espace donné. Il en va de même lorsque, depuis la pièce voisine, nous sommes invités à observer la salle à travers un judas: le judas n'est en fait qu'une petite loupe modifiant notre perception visuelle, mais une loupe qui protège habituellement notre sphère privée, et nous prémunit face à une éventuelle menace extérieure. Ici, placé dans un espace "public" (un lieu d'exposition), il perd toute fonction protectrice et nous convertit en voyeurs.


Erci Hattan
(né en 1955, vit à Bâle)

expositions personnelles (sélection)
1994 Entre, attitudes, Genève/ Galerie Skopia, Genève, (avec S.Bächli) / 1993 IAGO Gallery, Paris / Galerie Skopia, Nyon / 1992 Kunsthalle, Saint-Gall / Museum für Gegenwartskunst, Bâle, (avec S.Bächli) / 1990 Shedhalle, Zurich / Galerie Skopia, Nyon / 1989 Wartsaal/Salle d'attente, Gare de Bienne / 1988 Filiale Soussol, Bâle / 1985 Künstlerhaus, Stuttgart, (avec S.Bächli)/ Raum 104, Rote Fabrik, Zurich / 1983 Filiale, Bâle / 1982 Filiale, Bâle / Apartement, Genève / 1981 St. Galerie, Saint-Gall

expositions collectives (sélection)
1994 Echo, Lunds Konsthall, Lund / Small Histories, Southern Alberta Art Gallery, Lethbridge / Jedes Haus ein Kunsthaus, Museum für Gestaltung, Zurich / 1993 Echo, Konstmuseum, Boras / 1991 Stillstand/Switches, Shedhalle, Zurich / 1990 Räume, Helmhaus, Zurich / Multiple, M/2, Vevey / Carnet de voyage, Fondation Cartier, Jouy-en-Josas / 1988 Bezugspunkte 38/88, Steirischer Herbst, Graz / 1987 Installationen, Kunsthalle, Bâle / 1986 Auf dem Rücken des Tigers, Shedhalle, Zurich / Projekt Stadtgärtnerei, Bâle / 1985 5 Plastiken, Filiale, Bâle / Zusehen, Lothringerstrasse 13, Munich / 1984 Das Subjektive Museum, Bâle / Kontakt Basel, Halle Sud, Genève / 1982 Espace Rhénan, Saverne / 1981 Palazzo, Liestal