Vue de l'exposition
 
Sans titre, 1997
Sans titre, 1997

Marianne Müller

Sur mon travail

Je photographie chez moi, sur le chemin du travail, en me promenant le dimanche, quand je voyage vers la Mer Noire ou à travers les Etats-Unis. Je me photographie moi-même, je photographie la robe mise à tremper dans la baignoire, le ciel, des fleurs, l'arrêt de bus que je vois en rentrant à la maison, des vaches, des montagnes. Je photographie quand je me sens décontenancée ou sûre de moi, quand il s'agit d'un moment important, et aussi, simplement, quand quelque chose me semble très beau. Je m'efforce même de photographier quand je n'y pense pas.

Mes photos parlent de ma vie. Ces clichés représentent comme un journal. Ce qui m'intéresse, c'est la transition du privé à l'érotique, à ce qui est public et universellement valable. L'acte de photographier influence et transforme les rituels quotidiens, parce qu'il les observe - et vice-versa: les rituels commencent à prendre la pose pour être photographiés, en quelque sorte.

Je fais un travail documentaire en me servant d'instantanés. Je fais développer des agrandissements traditionnels en 9 x 13 par le laboratoire. Chez moi, je range les photos dans l'ordre où je les ai tirées et je les agrafe en un petit cahier. Chaque pellicule donne naissance à un cahier, environ 100 cahiers par an. Ce sont mes archives, ou ma bibliothèque / iconothèque privée. Plus tard, quand je fais mon choix, j'essaie de préserver de petites narrations ou de les inventer.

J'opère une édition et un montage en choisissant les clichés que je range dans une boîte. Une boîte peut contenir 12, 20 ou 30 photos. Je mets toujours deux photos entre deux plaques de verre. La boîte est lourde. Le spectateur de mes histoires brèves ou longues doit d'abord l'ouvrir et sortir les paires de plaques de verre l'une après l'autre, retourner les photos (recto et verso), les remettre dans la boîte, etc. C'est une opération intime. Le spectateur effectue lui-même le montage définitif, les clichés deviennent un peu son histoire à lui aussi.

Si les photos sont accrochées à un mur, je décide pour chacune d'elles la dimension et la tonalité qui lui conviennent (les formats varient entre 30 x 45 cm et 140 x 210 cm). J'ai besoin d'un certain nombre de clichés pour qu'apparaissent les affinités d'un genre donné: fleurs, animaux, autoportraits, paysages, nus, etc. Ou bien je compose plusieurs photos en une grande image (90 x 420 cm). La présentation est simple, informelle: les agrandissements, sans bord, sont fixés directement au mur. Je ne sais pas encore exactement combien les grandes images ont besoin d'être protégées pour préserver leur intimité.

Marianne Müller, mars 1996
(extrait de: Marianne Müller-Im Rahmen der Austellung, édition Galerie Susanna Kulli,
Saint-Gall, 1996) traduction Claude Béguin

L’exposition de Marianne Müller à attitudes a été organisée avec le soutien de la Fondation Nestlé pour l’art


Marianne Müller
Née en 1966, vit à Zurich

Expositions personnelles

1998 : Scalo, Zurich
1997 : attitudes, Genève
Galerie Arndt & Partner, Berlin
Aparté 2, Musée cantonal des beaux-arts, attitudes, Sion
1996 : APP.BXL (Moritz Küng), Bruxelles
Galerie Drantmann, Bruxelles
1995 : Galerie Susanna Kulli, Saint-Gall (cat.)
1994 : Galerie Peter Kilchmann, Zurich
1993 : Filiale, Bâle
Galerie de Fabriek voor Fotografie, Rotterdam (cat.)
1992 : Fotoforum, Schwarzbunt, Fachhochschule, Bielefeld

Expositions collectives (sélection)

1998 : Freie Sicht aufs Mittelmeer..., Kunsthaus, Zürich
1996 : Art Cologne, Galerie Arndt & Partner, Cologne
Die Klasse, Museum für Gestaltung, Zurich (cat.)
Im Kunstlicht, Kunsthaus, Zurich (cat.)
Art 96, Galerie Susanna Kulli, Bâle
Zona Cesarini, Kulturzentrum, Kammgarn, Schaffhouse
Hello World!, Museum für Gestaltung, Zurich
1995 : Von Nah, Kunsthalle, Zurich
Private Welten, Galerie Peter Kilchmann, Zurich
The Akt of Seeing (Urban Space), Taking a Distance, Fondation pour l'Architecture, Bruxelles /
GTA Institut & Graphische Sammlung der ETH, Zurich / De Pavilijonens, Almere /
Fondazione Galleria Gottardo, Lugano (cat.)
Gramercy Art Fair, Galerie Peter Kilchmann, New York
1994 : Bad zur Sonne, Steirischer Herbst, Graz (cat.)
Ankäufe der Stadt Zürich 1992/93, Helmhaus, Zurich
1993 : Les Müller, Fri-Art, Centre d'art contemporain, Fribourg
Galerie Peter Kilchmann, Zurich
1992 : Blind. Junge Fotografie aus der Schweiz, Albrecht Dürer-Gesellshaft, Nuremberg / Ernemann-Neubau,
Dresde (cat.)
1989 : The other Side of Photography, Gerrit Rietveld Academy, Amsterdam

 

Voir aussi
Aparté 2 - Marianne Müller
Domestique
multiples