Beat Streuli
Centre d'art contemporain, Genève
30 septembre - 17 décembre 199
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Allen Street (New York 1994)
1- projection / 2 - vidéo / 3, 4 - photographies
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Beat Streuli


Par le biais de la photographie, de la projection de diapositives et de la vidéo, Beat Streuli nous raconte une histoire - ou plutôt son point de vue sur l'histoire d'un quartier. Le décor: une rue de New York, intentionnellement rebaptisée "Allen Street". Les acteurs: des adolescents dont la vie est faite d'attente, de rencontres, d'échanges plus que d'école. Le réalisateur: un photographe qui prend le temps de connaître son décor, de choisir la meilleure lumière et de trouver l'emplacement adéquat pour son appareil muni d'un téléobjectif.

Contrairement à d'autres séries d'images prises dans la rue, Streuli s'installe cette fois dans un appartement, du haut duquel il peut observer les agissements de ses protagonistes. Il ne leur signalera pas sa présence. Le scénario est entre leurs mains: il s'agit de leur vie de tous les jours. Une fois le cadrage déterminé, les photographies sont déclenchées en série. Au fil des jours, l'artiste se construit son propre récit: rôles principaux, rôles secondaires, histoires d'amour, séparations, rencontres fortuites.

Une fois les prises de vue terminées et méticuleusement classées, intervient la phase du tri. La sélection est rigoureuse: de quelques centaines de photographies, Streuli ne retiendra qu'une douzaine d'images qui seront tirées en grand format (122 x 181 cm). Par leur agrandissement, elles acquièrent un statut de tableau dans lequel les acteurs apparaissent à peine plus grands que nature. Nous avons désormais la possibilité d'approcher chaque personnage. Les jeunes filles sont belles, vêtues de couleurs vives et parées de bijoux. Elles jouent de leur séduction, ou, plus souvent, attendent, le regard absent, que le temps passe. Le spectateur peut les admirer, s'inventer une intimité avec chacune d'entre elles, mais il ne réussira jamais à lire dans leurs pensées.

Une seconde série d'instantanés, en quantité plus importante, servira de base aux projections. Le scénario est identique, mais retient différemment notre attention. Dans une salle obscurcie, ces images sont projetées en fondu enchaîné à même le mur, et sur toute la hauteur de la paroi. L'artiste-metteur en scène détermine le nombre de ces projections en fonction de l'espace mis à sa disposition. Selon une cadence subtilement étudiée, les acteurs apparaissent à l'image, s'installent dans l'espace, puis s'effacent pour faire place à la scène suivante. Dans le silence, rythmé régulièrement par le seul cliquetis des projecteurs, le public se laisse littéralement envelopper. Entre chaque image, chaque geste, le temps est étiré à l'extrême, au point qu'il nous semble possible de sentir les personnages respirer. Le visiteur tarde à quitter la salle, hésitant à se replonger dans une réalité où le temps s'accélère, et ne se laisse plus maîtriser.

Les vidéos parachèvent l'expérience. La caméra était simplement posée sur un mur, comme oubliée, et elle a enregistré un seul plan fixe d'une durée correspondant à celle de la bande vidéo: Streuli nous offre ainsi une tranche de vie en temps réel.
A première vue, il ne se passe rien d'extraordinaire. Le décor est toujours le même: une rue, un trottoir. Puis, sans qu'il s'en rende compte, le spectateur reste figé devant le moniteur absorbé par les agissements des acteurs, par leurs rituels, par leur totale inconscience de la présence de la caméra. Mêlée au bruit continu de la circulation, la musique est omniprésente: poste de radio invisible, petite ritournelle d'un marchand de glaces qui transite hors de l'écran. Le monde multiculturel et métissé de New York vit au rythme de la musique. Les adolescents jouent, dansent, et surtout savourent cette période de leur vie où les soucis à venir ne les touchent pas encore. Un âge entre deux âges, pareil aux images de Streuli, flottant entre un instant et un autre, entre flou et netteté, entre immobilité et mouvement.

 

Beat Streuli
Né en 1957 à Altdorf. Vit à Düsseldorf.

Expositions personnelles, sélection
1984 Galerie Palazzo, Liestal
1985 Galerie Ralf Wernicke, Stuttgart
1986 Aargauer Kunsthaus, Aarau, (avec F.S. Huber)
1990 Helmaus, Zurich
1992 Galerie Anne de Villepoix, Paris; Galerie Conrads, Düsseldorf
Galerie Walcheturm, Zurich
1993 Projektionen und Fotografien NYC
1991/93, Kunstmuseum, Lucerne Fotografien NYC 1991/93, Raum für aktuelle Kunst, Lucerne
1994 Allen Street (New York 1994), Prix Breguet d’art contemporain, Kunsthalle, St-Gall
Galerie Monica de Cardenas, Milan
Gesellschaft für aktuelle Kunst, Bremen, (avec S.Lafont)
Galerie Vera van Laer (org. L.Lambrecht), Knokke
Galerie Daniel Buchholz, Cologne
Galerie Conrads, Düsseldorf
Galerie Carine Campo, Anvers
1995 Centre d’Art Contemporain (org. attitudes), Genève
Kunstverein Elsterpark, Leipzig; Galerie Walcheturm, Zurich
USA 95, Württembergischer Kunstverein, Stuttgart
Le Consortium, Dijon
Galerie Wilma Tolksdorf, Hambourg
Galerie Daniel Buchholz, Cologne
Galerie Anne de Villepoix, Paris
Ateliers d’Artistes de la Ville de Marseille
1996 Tinglado 2, Tarragona
ARC/Musée d'Art Moderne, Paris
Janice Guy Gallery, New York
Museum in progress, Vienne
1997 Tate Gallery, Londres
1998 Musée d’Art Contemporain, Barcelone

Expositions collectives, sélection
1984 Kontakt Basel, Halle Sud, Genève
1987 Offenes Ende, Städtische Galerie, Erlangen
1990 Ateliers 90, FRAC Pays de la Loire, Clisson
1991 Artistes de la Collection, Fondation Cartier, Jouy-en-Josas
Lieux communs, figures singulières, ARC/Musée d'Art Moderne, Paris
Autrement dit, Caserne de la Planche (org. R.M.Mayou), Fribourg
1993 Andrea Rosen Gallery, New York
New Photography, Museum of Modern Art, New York
In their own image, P.S.1 Museum, New York
European Photography Award, Deutsche Leasing, Bad Homburg
Verwandtschaften, Kunsthalle, Rotterdam
1994 The Act of Seeing (Urban Space), Fondation pour l’Architecture (org. M.Küng), Bruxelles
Et passim, Kunsthalle, Berne
Filiale, Bâle; soggetto-soggetto, Castello di Rivoli, Rivoli
La jeune fille dans la ville, Galerie du jour/agnès b., Paris
1995 Szenenwechsel VIII, Museum für Moderne Kunst, Francfort
Biennale de Kwangju, Corée
3 Foto-Triennale, Galerie der Stadt Esslingen
How is Everything?, Wiener Secession, Vienne
Wild Roses Grow by the Roadside, Laure Genillard Gallery, Londres
Fotofeis, Glasgow; Mai de la photo, Palais du Tau, Reims
1996 Prospect, Kunstverein, Francfort
Cityspace, Copenhague
1998 Freie Sicht aufs Mitttelmeer, Kunsthaus, Zurich.

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